Heure d'hiver, délire d'été

Écrit par Michel Levandou le .

Les vaches adorent brouter à l'heure d'hiver à ce qu'il paraît, les écolos se régalent du contraire, décalant durant six mois la venue de l'obscurité et nos firmaments de lampes dévoreuses de kilowatt-heures. Quant à Levandou, lui,  il veut le beurre et l'argent du beurre : il se couche à l'heure d'été et se lève à celle d'hiver. Tous les jours.

    Après un petit congé sabbatique, voici venu le temps des retrouvailles. Le passage à l'heure d'hiver est un prétexte, bien sûr, mais ô combien révélateur de nos misérables artifices sociétaux. Cela dit, une fois les codes intégrés, m'endormir à l'heure d'été me permet la langueur sans honte d'une horizontalité précoce, et m'éveiller à l'heure d'hiver la béatitude d'une cosse matinale prolongée. Quant à l'heure qu'il faut regagner chaque jour pour que le soleil ne brille pas à minuit, il suffit que j'aie faim trop tôt, ou que je me barbe, ou qu'une balade me fasse de l’œil pour qu'illico je cède à l'horloge une heure d'impatience ou d'ennui ou de désagrément. Ainsi, à chaque tour de notre grosse boule, la nuit m'offre une heure que je rends quand il fait jour. 
    Évidemment, simplement oublier sa montre et vivre selon les rythmes de sa vie et du soleil revient au même, mais cela...

    Quant au délire de l'été, c'était le nord. Partir de Montreux, à pied, tente dans le sac à dos, boussole en main, cap sur l'aiguille rouge. Deux mois plus tard, la mer du nord. Aussi nommée Waddenzee du côté de Groningue, mon terminus. Entre deux, la liberté. Liberté de manger une fondue issue des vaches du chalet d'alpage qui m'héberge. Liberté d'entrer dans un trois étoiles, sac au dos, pour savourer l'accueil chaleureux d'une patronne plus émerveillée de ce projet que des multiples Mercedes et BMW jonchant son parking. Champagne offert au bord de l'Ill, la nique aux notables compassés. Casquette maison offerte pour remplacer le bout de tissu épuisé qui me coiffait. Chambre offerte également – dans le droit fil des générosités non comptables –, car la pluie menaçait. Mais là, j'ai décliné, préférant ma liberté de dormir dans les bois au soir d'une somptueuse étape. Et tous les jours à l'avenant, sans heure d'été, sans heure d'hiver. Puis vient le temps du retour, et là aussi savoir dire ouiii, savourer la liberté statique. Se poser, écrire, pour vous, pour moi. La vie est respiration. Le diadème des étoiles marque au fer rouge les cœurs dilatés. 

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Michel Levandou                                                                                                Novembre 2016      

 

    


Levandou   04.11.2016 11:04
Commentaires Un brin découragé par une absence complète de commentaires sur mes dernières chroniques, j'ai – pour un temps – délaissé cette source d'inspiration qui pourtant me réjouit. Puis la statistique m'a rattrapé. À ce jour, plus de cent mille souris ont cliqué sur le déterminan t « Lire la suite... », toutes chroniques confondues. Réjouissan t en un sens, en tout cas suffisant pour que je m'y remette. Pas toujours facile l'apprentissage du don sans attente.
 
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